La suppression du cadre national des ZFE, votée par l’Assemblée nationale le 28 mai 2025, ne modifie pas les fondamentaux de la tarification en assurance auto. La pastille Crit’Air et l’accès à une zone à faibles émissions n’ont jamais constitué des variables de calcul de prime. Nous observons une confusion fréquente chez les assurés entre réglementation de circulation et critères assurantiels, deux mécaniques distinctes qu’il faut démêler.
Tarification assurance auto : pourquoi la ZFE annulée ne change rien aux primes
La Fédération Française de l’Assurance (FFA) a confirmé début 2025 que la vignette Crit’Air n’est pas un critère de tarification dans les contrats auto. Les variables qui alimentent les grilles tarifaires restent le profil conducteur, le lieu de garage, l’usage déclaré et la valeur du véhicule.
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Un assuré qui roule en Crit’Air 4 à Montpellier paie sa prime en fonction de la sinistralité de sa zone géographique, pas de sa classification environnementale. La suppression des ZFE au niveau national ne retire donc aucun paramètre des algorithmes de tarification, puisque ce paramètre n’y figurait pas.
Nous recommandons aux assurés de ne pas anticiper une baisse de cotisation liée à cette abrogation. Si votre prime évolue en 2025 ou 2026, les causes seront ailleurs : hausse du coût des pièces détachées, inflation sur la main-d’œuvre en carrosserie, ou modification de votre bonus-malus.
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Contrats « éco » et véhicule électrique : une pression tarifaire indépendante des ZFE
Plusieurs assureurs (MAIF, Allianz, Axa) proposent déjà des contrats intégrant des remises liées au type de motorisation ou aux émissions de CO₂. Ces offres de type « pay how you drive » ou formules éco existaient avant les ZFE et leur survivront sans difficulté.
Les remises pour véhicule électrique ou hybride ne dépendent pas du dispositif ZFE. Elles reposent sur des données actuarielles propres : coût de réparation, profil de conduite, kilométrage. Un conducteur de véhicule électrique continuera de bénéficier de conditions spécifiques, que les ZFE existent ou non.
Le mouvement de fond est clair : la différenciation tarifaire par motorisation s’installe durablement dans le marché de l’assurance auto française. La suppression du cadre réglementaire national n’y change rien, car la logique est commerciale et actuarielle, pas réglementaire.
ZFE maintenues localement : impact sur la sinistralité urbaine et votre contrat
Paris, Lyon et Grenoble ont annoncé leur intention de maintenir ou réintroduire des restrictions de circulation via des arrêtés municipaux, même après l’abrogation du dispositif national. Pour les assureurs, ce point a une conséquence indirecte mais réelle.
Les métropoles qui conservent des restrictions modifient la composition du parc roulant local. Moins de véhicules anciens en circulation peut signifier un parc plus récent, mieux équipé en aides à la conduite, et potentiellement une sinistralité différente. La sinistralité urbaine reste le vrai levier de tarification, pas le panneau ZFE à l’entrée de l’agglomération.
Concrètement, un assuré qui gare son véhicule dans une métropole maintenant des restrictions locales ne verra pas sa prime augmenter à cause de la ZFE locale. En revanche, si la densité de circulation ou la fréquence d’accidents évolue dans sa zone, l’ajustement tarifaire suivra, comme pour n’importe quelle autre commune.
Ce qu’il faut vérifier dans votre contrat auto
- Votre lieu de garage déclaré : c’est lui qui détermine votre zone de tarification, pas votre trajet quotidien ni le passage en ZFE
- Les clauses liées au type de motorisation : certains contrats accordent des remises spécifiques pour les véhicules électriques ou hybrides, indépendamment de toute réglementation ZFE
- L’évolution de votre bonus-malus : seul critère individuel qui fait varier votre prime d’une année sur l’autre, sans lien avec les zones de circulation restreinte
Véhicule d’occasion et Crit’Air : faut-il changer de voiture pour votre assurance ?
La tentation existe de revendre un véhicule Crit’Air 3 ou 4 pour acheter un modèle plus récent, en espérant une prime d’assurance plus basse. Ce raisonnement mérite d’être nuancé.
Le classement Crit’Air de votre véhicule n’influence pas directement votre cotisation. Un véhicule d’occasion récent coûtera potentiellement moins cher à assurer, mais pour des raisons liées à sa valeur vénale, ses équipements de sécurité et son coût de réparation, pas à sa vignette.
En revanche, passer d’un véhicule thermique ancien à un véhicule électrique d’occasion peut ouvrir l’accès à des formules d’assurance auto spécifiques, avec des tarifs ajustés. Le gain ne vient pas de la suppression des ZFE, mais du changement de catégorie de véhicule dans les grilles de l’assureur.

Assurance auto et réglementation ZFE : ce qui pourrait changer d’ici 2026
Le Conseil constitutionnel a été saisi après le vote du 28 mai 2025. Tant que sa décision n’est pas rendue, le cadre juridique reste en suspens. Deux scénarios se dessinent pour les assureurs.
Si l’abrogation est confirmée, aucun changement tarifaire n’est attendu. Les assureurs continueront de tarifer selon leurs critères habituels. Les contrats éco resteront en place, portés par une logique de marché.
Si le Conseil constitutionnel invalide la suppression et que les ZFE nationales reprennent effet, la situation revient au statu quo ante. Là encore, aucune modification de prime n’est à prévoir puisque les ZFE n’alimentaient pas la tarification.
Le seul scénario qui pourrait faire bouger les lignes serait l’instauration, par certaines métropoles, de péages urbains ou de taxes de circulation différenciées. Si ces dispositifs venaient à modifier significativement le trafic et la sinistralité dans certaines zones, les assureurs ajusteraient leurs grilles, comme ils le font déjà chaque année en fonction des statistiques locales d’accidents.
L’abrogation des ZFE au niveau national ne redistribue pas les cartes de l’assurance auto. Les conducteurs qui espéraient une baisse de prime ou craignaient une hausse peuvent écarter ce sujet de leurs préoccupations. Le prix de votre contrat dépend de votre profil, de votre véhicule et de votre zone de stationnement, trois paramètres sur lesquels la ZFE annulée n’a jamais pesé.

